Après la visite de Mahamat Idriss Déby à Alger, le Tchad et l’Algérie franchissent une nouvelle étape dans leur coopération énergétique. Entre projet de centrale tri-combustible, transfert d’expertise et ambitions régionales, le partenariat avec le groupe algérien SONELGAZ pourrait redessiner l’avenir énergétique tchadien à l’horizon 2030.

La coopération entre le Tchad et l’Algérie change progressivement d’échelle. Au lendemain de la participation du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno à la 4ᵉ session de la Commission mixte algéro-tchadienne à Alger, les discussions diplomatiques ont rapidement laissé place aux enjeux opérationnels.
À N’Djaména, le ministre tchadien de l’Eau et de l’Énergie, Passalé Kanabé Marcelin, a reçu une délégation du groupe algérien SONELGAZ conduite par son président-directeur général Djellouli Yazid, en présence de l’ambassadeur d’Algérie au Tchad.
Cette rencontre, hautement stratégique, confirme la volonté des deux États de transformer leurs relations politiques en partenariats économiques structurants. Surtout, elle intervient dans un contexte où la question énergétique demeure l’un des principaux défis du développement tchadien.

Une centrale tri-combustible au cœur du partenariat
Au centre des discussions figure un projet majeur : l’installation d’une centrale tri-combustible à N’Djaména. La mission dépêchée par SONELGAZ doit inspecter le site prévu pour l’infrastructure, conduire les études de faisabilité et examiner les modalités techniques du projet.
L’objectif est clair : renforcer durablement les capacités de production électrique du Tchad. Le pays reste confronté à un déficit énergétique chronique. Malgré ses ressources naturelles, le taux d’accès à l’électricité demeure encore limité, notamment en dehors des grands centres urbains.

Dans ce contexte, le choix d’une centrale tri-combustible apparaît comme une option stratégique. Ce type d’installation permet une flexibilité énergétique importante grâce à l’utilisation de plusieurs sources de combustible. Par conséquent, les autorités espèrent réduire les risques liés aux ruptures d’approvisionnement et améliorer la stabilité du réseau national.
Au-delà de la seule production électrique, le projet porte également une dimension industrielle. Il pourrait favoriser la modernisation des infrastructures énergétiques tchadiennes et stimuler l’émergence d’un écosystème technique local.

SONELGAZ, instrument de l’influence économique algérienne
À travers SONELGAZ, Alger poursuit aussi une stratégie d’expansion économique continentale. Depuis plusieurs années, le groupe public algérien multiplie les initiatives en Afrique afin d’exporter son expertise énergétique.
Le Tchad représente, à cet égard, un partenaire particulièrement stratégique. Situé au carrefour du Sahel et de l’Afrique centrale, le pays constitue un marché énergétique à fort potentiel. En outre, les besoins en infrastructures y restent considérables.
Pour l’Algérie, cette coopération permet donc de renforcer sa présence diplomatique et économique dans une région où les rapports d’influence évoluent rapidement. Elle offre également à SONELGAZ l’opportunité de consolider son positionnement comme acteur énergétique régional de référence.

De son côté, N’Djaména cherche à diversifier ses partenariats internationaux. Les autorités tchadiennes entendent réduire leur dépendance vis-à-vis des bailleurs traditionnels et attirer des investissements capables d’accompagner les priorités nationales de développement.
“Tchad Connexion 2030” comme boussole politique
Le ministre Passalé Kanabé Marcelin a d’ailleurs replacé cette coopération dans le cadre du Programme National de Développement « Tchad Connexion 2030 ».
Ce programme gouvernemental vise à accélérer la transformation structurelle du pays. L’accès à l’énergie y occupe une place centrale. Les autorités considèrent désormais l’électricité comme un levier de souveraineté économique, de cohésion territoriale et de stabilité sociale.
Ainsi, le gouvernement tchadien cherche non seulement à augmenter la production énergétique, mais aussi à améliorer l’accès des populations aux services essentiels. L’enjeu est considérable dans un pays où l’insuffisance des infrastructures freine encore l’industrialisation et la compétitivité économique.
En soutenant ce projet, SONELGAZ pourrait donc devenir un partenaire-clé de la stratégie énergétique tchadienne à moyen terme.
Entre ambitions politiques et défis de mise en œuvre
Toutefois, plusieurs défis demeurent. Comme souvent dans les grands projets énergétiques africains, la question du financement, des délais d’exécution et de la maintenance des infrastructures sera déterminante.
La réussite du projet dépendra également de la capacité des deux parties à assurer un transfert effectif de compétences techniques. Le Tchad devra former des ressources humaines qualifiées afin de garantir la pérennité des installations.

Par ailleurs, les observateurs rappellent que de nombreux projets énergétiques annoncés sur le continent peinent parfois à dépasser le stade des intentions politiques. Les prochaines étapes techniques et contractuelles seront donc particulièrement scrutées.
Néanmoins, la dynamique actuelle traduit une convergence d’intérêts réelle entre Alger et N’Djaména. D’un côté, l’Algérie cherche à renforcer son ancrage africain. De l’autre, le Tchad veut sécuriser son avenir énergétique pour soutenir sa croissance démographique et économique.
Une coopération appelée à s’élargir
Au-delà de la centrale tri-combustible, cette coopération pourrait ouvrir la voie à des partenariats plus vastes dans les domaines de la distribution électrique, des interconnexions régionales, des énergies renouvelables et de la formation technique.
Le rapprochement entre le Tchad et l’Algérie illustre ainsi une tendance plus large : l’émergence de coopérations africaines davantage tournées vers des logiques Sud-Sud et des intérêts industriels communs.
Pour N’Djaména, l’enjeu dépasse désormais la simple construction d’une centrale. Il s’agit de poser les bases d’une sécurité énergétique durable, indispensable à toute ambition de transformation économique.
Dans cette perspective, la visite de la délégation de SONELGAZ à N’Djaména pourrait bien marquer le début d’un partenariat appelé à peser durablement sur l’architecture énergétique du Sahel et de l’Afrique centrale.
