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PDAC 2026 : À Toronto, le Gabon défend son ambition minière entre diaspora et financements structurants

Par la rédaction.

Toronto. Dans les allées du congrès annuel de la Prospectors & Developers Association of Canada (PDAC 2026), grand rendez-vous mondial de l’exploration minière, le Gabon avance ses pions. À la tête de la délégation, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, enchaîne les rencontres avec investisseurs, opérateurs et bailleurs de fonds. Objectif affiché : accélérer l’exploration et structurer des projets capables de transformer le potentiel du sous-sol gabonais en valeur ajoutée durable.

Un consortium gabono-canadien autour du projet aurifère de Koumba

Moment clé du séjour : une séance de travail avec le consortium gabono-canadien Stratym Group Inc., engagé dans un programme d’exploration aurifère baptisé « Or Koumba », situé entre Fougamou et Lambaréné.

Le groupement réunit notamment Technica Mining, dirigée par Mario Grossi, aux côtés d’investisseurs spécialisés en structuration financière et en développement stratégique, dont des responsables de Royal LePage Signature Realty. La délégation comprenait également l’ingénieur gabonais Jacques NdoutouMvé, présenté comme un relais actif des échanges économiques entre le Canada et l’Afrique.

Au cœur des discussions : la mise en œuvre du protocole d’entente signé en 2025 entre la Société Équatoriale des Mines (SEM) et le consortium. Stratym Group Inc. affirme être prêt à assurer le financement intégral du projet et à intégrer un volet de formation d’ingénieurs gabonais, dimension régulièrement mise en avant par les autorités comme levier de transfert de compétences.

Une mission technique est annoncée au Gabon à la fin mars afin de préciser les modalités opérationnelles et d’accélérer la signature d’un accord de développement. Si le projet se concrétise, il pourrait constituer un jalon important dans la diversification de la production aurifère nationale.

Mobiliser les capitaux : cap sur la finance minière

En marge du dossier Koumba, le ministre a également rencontré David Wargo, manager général de SCP Resource Finance, société spécialisée dans le financement de projets extractifs.

L’échange a porté sur les conditions de mobilisation de capitaux pour l’exploration et la valorisation des ressources minières du Gabon. Le membre du gouvernement, fidèle à la vision du chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, a défendu la nécessité d’intensifier l’exploration d’un sous-sol encore largement sous-investi.

Le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse, met aussi en avant son potentiel en or, fer, uranium, potasse et terres rares. Selon le ministère, près de 70 % des gisements identifiés resteraient disponibles, un argument destiné à séduire les investisseurs dans un contexte de forte compétition internationale pour les minerais stratégiques.

De son côté, SCP Resource Finance a exprimé sa disposition à accompagner les ambitions gabonaises, sous réserve de projets « clairement définis et structurés » — une exigence classique des marchés financiers, où la rigueur technique et la transparence contractuelle conditionnent l’accès aux capitaux.

Stabilité, cadre légal et diaspora : les axes du plaidoyer gabonais

Devant ses interlocuteurs, Sosthène Nguema Nguema a insisté sur l’attractivité du code minier gabonais, la sécurisation juridique des investissements et le respect des droits humains, présentés comme des garanties dans une Afrique centrale parfois perçue comme risquée par les investisseurs.

Le ministre a également salué l’engagement des Gabonais impliqués dans le consortium, y voyant l’illustration d’une « diaspora d’excellence » appelée à investir dans les secteurs stratégiques nationaux. Une orientation qui s’inscrit dans la politique de valorisation des compétences nationales prônée par Libreville.

Entre promesses et vigilance

Si les annonces témoignent d’une offensive diplomatique assumée sur la scène minière internationale, plusieurs défis demeurent : concrétisation des engagements financiers, respect des normes environnementales, retombées locales en matière d’emplois et de formation, ainsi que transparence dans l’attribution et la gestion des permis.

À Toronto, le Gabon a posé ses arguments et noué des contacts. La prochaine étape se jouera sur le terrain, entre études géologiques, négociations contractuelles et attentes des populations locales. Dans un secteur où les cycles sont longs et les investissements lourds, la crédibilité se mesure moins aux déclarations qu’à la capacité à transformer les intentions en projets viables et responsables.