Par la rédaction de Globe infos.

Port-Gentil, 24 février 2026. Une fuite sur un pipeline exploité par TotalEnergies Gabon, reliant le Cap Lopez au quartier Fort de l’eau (2ᵉ arrondissement), a été signalée aux environs de 13h30. Rapidement alertées par les riverains, les autorités municipales, conduites par le maire central Pascal Houangni Ambouroué, se sont rendues sur place. Nous informent nos confrères de la Web TV Gabon la refference incontournable.

En effet, l’incident a été circonscrit grâce à un important dispositif technique déployé par l’opérateur. Selon Boris Anguilet, responsable HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement) du site de l’île Mandji, deux sites majeurs ont été temporairement arrêtés par mesure de précaution. Les populations directement exposées ont été évacuées et prises en charge le temps des opérations de dépollution.
Si la réactivité des équipes a permis d’éviter un scénario plus dramatique, l’événement en lui-même, soulève une nouvelle fois des interrogations profondes sur la sécurité des infrastructures pétrolières et l’exposition chronique des populations urbaines aux risques industriels.
Une vulnérabilité structurelle au cœur de Port-Gentil
À Port-Gentil, capitale économique du Gabon et cœur historique de l’industrie pétrolière nationale, les pipelines serpentent à proximité immédiate des zones d’habitation. Le quartier Fort de l’eau, comme d’autres secteurs de l’île Mandji, illustre cette cohabitation à haut risque entre installations industrielles et espaces résidentiels.
La question n’est pas seulement celle de l’incident ponctuel. Elle est structurelle :
Quel est l’état réel de vieillissement des infrastructures ?
Quels audits indépendants sont régulièrement menés ?
Les plans d’urbanisme intègrent-ils réellement les servitudes de sécurité liées aux hydrocarbures ?
Dans un contexte où le Gabon cherche à renforcer son image de pays engagé pour la transition écologique, chaque incident technique met à l’épreuve la crédibilité des engagements environnementaux.
Le poids du passé : entre tolérance et insuffisance de contrôle
L’histoire pétrolière gabonaise est jalonnée d’incidents plus ou moins médiatisés. Si la plupart ont été maîtrisés sans catastrophe majeure, ils révèlent une réalité : pendant des décennies, la priorité donnée à la production a souvent relégué la question environnementale au second plan.
Les mécanismes de contrôle ont longtemps souffert :
d’un déficit de moyens techniques ;
d’une dépendance économique forte vis-à-vis des opérateurs ;
d’un manque de transparence sur les données environnementales.
Ce laxisme relatif, ou à tout le moins cette permissivité institutionnelle, a installé une forme de banalisation du risque industriel dans l’imaginaire collectif. À Port-Gentil, beaucoup de riverains considèrent ces incidents comme « faisant partie du décor pétrolier ». Une normalisation préoccupante.
Populations exposées : le maillon faible
L’évacuation des habitants impactés lors de la fuite du 24 février témoigne d’un risque immédiat bien réel. Fuite d’hydrocarbures signifie danger d’explosion, pollution des sols, contamination des eaux, atteinte à la santé publique.
Les quartiers populaires, souvent construits à proximité d’emprises industrielles, concentrent les vulnérabilités :
absence d’informations claires sur les conduites souterraines ;
méconnaissance des conduites à tenir en cas d’alerte ;
précarité limitant la capacité de relogement durable.
Dans ce contexte, la gestion d’un incident ne peut se limiter à une réponse technique. Elle doit intégrer une dimension sociale, sanitaire et préventive.

Responsabilité des entreprises et exigence de transparence
En suspendant deux sites par précaution, TotalEnergies Gabon a privilégié la sécurité. Un choix conforme aux standards internationaux.
Mais au-delà de la gestion immédiate, la question demeure :
Les résultats des enquêtes techniques seront-ils rendus publics ?
Un audit indépendant sera-t-il diligenté ?
Les populations auront-elles accès aux conclusions sur les impacts environnementaux réels ?
À l’ère de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), la communication ne peut se limiter à des communiqués rassurants. Elle doit s’accompagner de données vérifiables, accessibles et contradictoires.
Les nouvelles autorités face à l’épreuve de la vigilance
Le Gabon traverse une phase de recomposition institutionnelle et politique. Les nouvelles autorités, engagées dans un discours de rupture et de refondation, sont attendues sur des actes concrets.
L’incident de Port-Gentil constitue un test grandeur nature :
Renforcer les normes de contrôle et d’inspection des infrastructures pétrolières.
Imposer des audits périodiques indépendants.
Repenser l’aménagement urbain autour des zones industrielles.
Mettre en place un système d’alerte et d’information citoyenne permanent.
Au-delà de la gestion ponctuelle, c’est une politique nationale de prévention des risques industriels qui doit être consolidée.
Entre dépendance pétrolière et impératif écologique
Le pétrole demeure un pilier de l’économie gabonaise. Mais la dépendance ne saurait justifier l’acceptation tacite du risque. La transition écologique, si elle veut être crédible, commence par la sécurisation rigoureuse des activités extractives existantes.
La fuite maîtrisée du 24 février 2026 n’a pas provoqué de drame. Mais elle rappelle une évidence : à Port-Gentil, la sécurité environnementale n’est pas un slogan, c’est une urgence permanente.
L’enjeu dépasse un simple incident technique. Il touche à la protection des citoyens, à la gouvernance environnementale et à la capacité de l’État à imposer l’intérêt général face aux impératifs économiques.
À ce titre, Fort de l’eau n’est pas seulement un quartier. Il est devenu, l’espace d’un après-midi, le miroir des défis énergétiques et sécuritaires du Gabon contemporain.
