Vice-président du gouvernement Portrait
Par Thomas René pour Globe infos.
La promotion d’Hermann Immongault au rang de vice-président du gouvernement n’est pas un simple ajustement organique. Elle dit quelque chose de la philosophie du pouvoir à l’œuvre dans la Cinquième République gabonaise : préférence pour les profils techniciens, centralité de la méthode, primat de la stabilité institutionnelle sur l’agitation politique. Entérinée par décret le 1ᵉʳ janvier 2025, au lendemain de l’annonce du nouveau gouvernement par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, cette nomination consacre un haut fonctionnaire devenu, en deux décennies, l’un des rouages essentiels de l’État.

Une trajectoire administrative sans faux pas
Né le 30 mai 1972 à Lastoursville, dans la province de l’Ogooué-Lolo, Hermann Immongault est issu du département de Mulundu. Recruté à la Fonction publique en 2003 au ministère des Affaires étrangères, il entame une carrière qui se distingue moins par des ruptures spectaculaires que par une continuité patiente. Chargé d’études au sein de l’administration centrale entre 2005 et 2009, il s’impose rapidement comme un technicien fiable, maîtrisant les arcanes d’une bureaucratie souvent réputée lourde.
Cette rigueur lui ouvre les portes de la diplomatie extérieure. En 2009, il est nommé premier conseiller à l’ambassade du Gabon en France, poste stratégique qu’il occupe jusqu’en 2014. À Paris, il affine son sens des équilibres, dans un environnement où les relations bilatérales exigent autant de prudence que de finesse politique.
Diplomatie multilatérale : l’école de la complexité
La carrière d’Hermann Immongault prend une dimension plus affirmée avec sa nomination comme ambassadeur en Turquie (2015-2017), puis surtout en Éthiopie à partir de 2018. À Addis-Abeba, siège de l’Union africaine, il cumule les fonctions d’ambassadeur et de représentant permanent du Gabon auprès de plusieurs institutions majeures, dont la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique et le Programme des Nations unies pour l’environnement.
Dans cet espace diplomatique dense, il se distingue par son implication dans les mécanismes multilatéraux. En février 2019, il préside le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, organe clé de gestion des crises continentales. Il joue également un rôle actif au sein du Comité des représentants permanents (COREP), notamment sur les dossiers environnementaux et de coopération régionale. Cette séquence assoit son image de diplomate technocrate, plus porté sur l’ingénierie institutionnelle que sur les coups d’éclat.
Une formation intellectuelle comme socle
Ce tropisme pour la méthode trouve sa source dans un parcours académique dense. Après une licence en lettres modernes à l’Université Omar Bongo, Hermann Immongault poursuit ses études en Amérique du Nord et en Europe. Titulaire d’un Bachelor en science politique et d’un Master en relations internationales à l’Université Laval, il complète sa formation par un DEA à Sciences Po Paris.
Ses travaux universitaires portent sur les acteurs transnationaux, la souveraineté des États fragiles et les cultures stratégiques, autant de thématiques qui irriguent aujourd’hui son action publique. Une première année de doctorat en science politique vient parachever ce profil intellectuel, rare au sein des élites administratives gabonaises.
De la diplomatie aux affaires intérieures
Son entrée au gouvernement, en septembre 2022, comme ministre délégué aux Affaires étrangères, marque le début d’un repositionnement stratégique. Promu ministre des Affaires étrangères en avril 2023, il traverse sans encombre la séquence politique ouverte par le 30 août 2023. Quelques semaines plus tard, il hérite d’un portefeuille autrement plus sensible : l’Intérieur et la Sécurité, d’abord comme ministre délégué, puis comme ministre de plein exercice à partir du 17 janvier 2024.
À ce poste, il supervise les processus électoraux de la transition, dans un contexte marqué par la nécessité de restaurer la crédibilité des institutions. Son approche, prudente et procédurale, tranche avec les pratiques plus politiques du passé récent.
Vice-président du gouvernement : une fonction à inventer
La fonction de vice-président du gouvernement, parfois perçue comme celle d’un « Premier ministre bis », place Hermann Immongault au cœur du dispositif exécutif. Chargé de la coordination de l’action gouvernementale, il évolue dans un espace institutionnel encore en construction, sous l’autorité d’un président disposant de larges prérogatives.
Son principal défi sera d’imposer une discipline collective sans susciter de rivalités internes, dans un régime où la verticalité du pouvoir reste forte. À cet égard, son expérience diplomatique — fondée sur la négociation et la recherche de compromis — constitue un atout, mais aussi une contrainte.
Une figure de la continuité plus que de la rupture
Discret, peu enclin aux démonstrations médiatiques, Hermann Immongault incarne une certaine idée de l’État : celle d’une administration rationalisée, guidée par la procédure et le temps long. Son ascension illustre la montée en puissance d’une élite technocratique appelée à jouer un rôle central dans la refondation institutionnelle promise par la Cinquième République.
Reste une question ouverte : dans un pays confronté à de fortes attentes sociales et à une demande de résultats rapides, la méthode suffira-t-elle ? L’avenir dira si cette rigueur, patiemment construite, saura se traduire en réformes tangibles pour les Gabonais.
