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Tchad : vive tension entre le Syndicat des Enseignants et le gouvernement autour du décret 2850

Par Alphonsine Madjilem correspondante de Globe infos au Tchad.

Grève, salaires suspendus, négociations sous pression : au Tchad, le bras de fer entre le Syndicat des Enseignants du Tchad (SET) et les autorités relance le débat sur la réforme du statut particulier des enseignants et la soutenabilité budgétaire des engagements publics.

À N’Djamena comme dans les provinces, les salles de classe sonnent creux depuis le 16 février 2026. À l’appel du Syndicat des Enseignants du Tchad (SET), les enseignants observent une grève de deux semaines, reconductible, pour dénoncer le non-respect de l’application du décret n°2850 relatif au statut particulier des enseignants. Le mouvement, prévu jusqu’au 28 février, pourrait être prolongé si les discussions engagées avec le gouvernement n’aboutissent pas à des avancées concrètes.

Au cœur de la contestation : l’absence d’intégration effective du décret 2850 dans le budget 2026 et le manque d’un calendrier clair pour sa mise en œuvre. Pour le SET, il ne s’agit plus de promesses, mais d’exécution.

Un décret au centre des crispations

Adopté pour améliorer les conditions de travail, la grille salariale et la reconnaissance statutaire des enseignants, le décret 2850 est perçu par la profession comme un acquis juridique encore sans traduction financière tangible. Les responsables syndicaux dénoncent un décalage entre les engagements pris et leur application budgétaire.

« Sans inscription dans la loi de finances, le décret reste lettre morte », confie un cadre syndical, qui évoque une perte de confiance progressive vis-à-vis des autorités.

Face à la mobilisation, le gouvernement tchadien a opté pour une ligne ferme. Les autorités ont décidé d’annuler le virement des salaires du mois de février et d’extourner les montants vers le Trésor public, tout en annonçant le non-paiement des jours de grève. Un signal dissuasif, assorti d’un appel à la reprise immédiate des cours.

Rapport de force et négociations sous tension

Malgré cette mesure, les négociations se poursuivent entre les représentants du SET et l’exécutif. Mais sur le terrain, le ton s’est durci. Le secrétaire général provincial du syndicat appelle les enseignants à « rester fermes » et à ne pas céder aux pressions administratives.

Ce bras de fer n’est pas inédit. Le secteur éducatif tchadien a régulièrement été secoué ces dernières années par des mouvements sociaux liés aux statuts, aux salaires et aux conditions de travail. Chaque épisode de crise entraîne une paralysie partielle ou totale des activités pédagogiques, avec des répercussions directes sur le calendrier scolaire et les performances académiques.

Pour les observateurs de la scène publique, la répétition des conflits révèle une fragilité structurelle du dialogue social dans le secteur de l’éducation. « Le problème dépasse la seule question salariale : il touche à la planification budgétaire et à la gouvernance des réformes », analyse un économiste basé à N’Djamena.

Une issue incertaine

À ce stade, aucune date certaine de sortie de crise n’est avancée. La grève demeure renouvelable, et les risques d’intensification sont élevés si aucun compromis crédible n’émerge avant le 28 février.

Deux scénarios se dessinent. Le premier, conflictuel, verrait le syndicat prolonger ou durcir le mouvement, accentuant la pression sur le gouvernement. Le second, plus consensuel, supposerait l’intégration formelle du décret 2850 dans le budget 2026, accompagnée d’un calendrier précis d’application et de garanties écrites.

Plusieurs sources évoquent la possibilité d’un accord-cadre définissant les modalités d’exécution progressive du texte, afin d’étaler son impact financier tout en offrant des garanties aux enseignants. Une telle option permettrait de concilier contraintes budgétaires et exigences sociales.

L’éducation, enjeu stratégique

Au-delà du différend actuel, c’est l’équilibre du système éducatif tchadien qui se joue. Dans un pays confronté à de multiples défis économiques et sécuritaires, l’école demeure un pilier stratégique de stabilité et de développement.

Chaque semaine de grève fragilise un peu plus un calendrier scolaire déjà exposé aux aléas. Parents et élèves, pris en étau entre revendications légitimes et impératifs institutionnels, observent avec inquiétude l’évolution des discussions.

Pour l’heure, la reprise officielle des négociations laisse entrevoir une possibilité de sortie de crise. Mais seule l’annonce de concessions concrètes budgétaires et calendaires pourra restaurer la confiance.

À N’Djamena, le dialogue social est donc à l’épreuve. Et l’issue de ce conflit pourrait redéfinir durablement les rapports entre l’État tchadien et ses partenaires sociaux dans le secteur éducatif.

Alphonsine Madjilem