Par Alphonsine MADJILEM pour Globe Infos

N’Djamena, 10 février 2026. Dans l’hémicycle feutré du Palais des arts et de la culture, les sénateurs tchadiens ont repris le chemin du travail parlementaire. Cette première session ordinaire de l’année 2026, la toute première de la législature inaugurale du Sénat tchadien, s’ouvre dans un contexte politique marqué par la consolidation du retour à l’ordre constitutionnel et les défis persistants de la sécurité nationale.
Une institution jeune face aux exigences de la refondation
En effet, ce 10 février, l’heure n’était ni aux grandes effusions ni aux discours triomphalistes. L’atmosphère se voulait studieuse, presque solennelle. Les sénateurs ont procédé à l’évaluation du travail accompli depuis l’installation de cette jeune institution, pierre angulaire de l’architecture institutionnelle issue de la transition.
Créé dans le cadre des réformes institutionnelles engagées par le Gouvernement tchadien, le Sénat s’affirme progressivement comme un acteur central du processus de stabilisation politique. Les travaux menés au cours de l’année écoulée et durant les vacances parlementaires ont contribué, selon plusieurs intervenants, à asseoir les fondements d’une chambre haute appelée à jouer un rôle d’équilibre et de veille institutionnelle.

Dans un pays longtemps éprouvé par les crises politico-militaires, la consolidation des institutions demeure un enjeu stratégique. À travers cette session, le Sénat entend affirmer sa place dans la dynamique de refondation et accompagner l’exécutif dans la mise en œuvre des réformes.
Haroun Kabadi : l’unité nationale comme ligne directrice
Au cœur de cette reprise, le discours du président du Sénat, Dr Haroun Kabadi, a donné le ton. Dans une allocution aux accents rassembleurs, il a inscrit les travaux parlementaires dans une perspective claire : celle de l’unité nationale, du développement et de la paix durable.

« En cette ère de la refondation, les seules batailles qui méritent d’être menées sont celles de l’unité nationale, du développement et de la paix », a-t-il déclaré, appelant à tourner définitivement la page des affrontements armés et des prises de pouvoir par la force.
Le message est sans ambiguïté. Alors que des foyers de tension subsistent, notamment dans la zone de Korbol, le président du Sénat a lancé un appel direct aux groupes en rébellion armée. Il les invite à déposer les armes et à rejoindre le cadre républicain pour « bâtir le Tchad nouveau » au bénéfice des générations futures.
Cette posture institutionnelle traduit une volonté de privilégier le dialogue et l’inclusion politique, tout en réaffirmant la primauté de la légalité constitutionnelle.
Korbol : la question sécuritaire au centre des préoccupations
La situation dans la zone de Korbol reste une préoccupation majeure. En exhortant le Gouvernement à redoubler d’efforts pour rétablir la paix et assurer la quiétude sur l’ensemble du territoire, le Sénat se positionne comme une force d’appui à l’action sécuritaire de l’État.
Dans un pays où la stabilité demeure fragile, la sécurité nationale conditionne l’efficacité des politiques publiques, l’attractivité économique et la cohésion sociale. Le Sénat tchadien, en inscrivant cette question au cœur de sa session ordinaire, envoie un signal clair : la consolidation institutionnelle ne peut se dissocier du retour durable à la paix.
Un soutien affirmé au Président Mahamat Idriss Déby Itno
Dans son intervention, Dr Haroun Kabadi a également salué la politique de « main tendue » du Président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno. Il a encouragé le chef de l’État à poursuivre ses efforts en direction des groupes armés afin de les ramener « sur le chemin de la légalité et de la fraternité républicaine ».
Ce soutien institutionnel renforce l’image d’une cohérence entre les pouvoirs exécutif et législatif dans la conduite du processus de stabilisation post-transition. Le retour à l’ordre constitutionnel, amorcé après une période charnière de l’histoire politique tchadienne, repose désormais sur la solidité des institutions et la capacité des acteurs politiques à privilégier le dialogue sur la confrontation.
Une session sous haute responsabilité
La première session ordinaire de 2026 ne sera pas une simple formalité parlementaire. Elle s’annonce comme un test de maturité pour cette première législature du Sénat tchadien. Les enjeux sont multiples : consolidation démocratique, accompagnement des réformes, renforcement de la cohésion nationale et appui aux efforts de pacification.
Dans les travées du Sénat, chacun semble mesurer la portée symbolique et politique du moment. Plus qu’une reprise administrative, cette session marque une étape supplémentaire dans la construction institutionnelle du Tchad post-transition.
À N’Djamena, la refondation se décline désormais en actes législatifs, en appels à la paix et en engagements pour l’unité nationale. Reste à savoir si les dynamiques enclenchées sauront transformer les intentions en résultats tangibles sur l’ensemble du territoire tchadien.
Par Alphonsine MADJILEM pour Globe Infos
