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Suspension des réseaux sociaux : quand l’urgence sécuritaire fracture les libertés numériques

Par la rédaction.

Dans une déclaration de presse parvenue à la rédaction de Globe infos en date du 20 février dernier, Sosthène Orphé Lendjedi Ibola Leader politique est revenu sur la situation de la suspension des réseaux sociaux au Gabon. Pour lui, À l’ère du tout-connecté, les plateformes numériques Meta, X, TikTok ne sont plus de simples tribunes d’expression. Elles constituent des infrastructures névralgiques : économiques, sociales, politiques. Les suspendre, c’est paralyser une partie du système circulatoire d’une nation.

Sosthène Orphé Lendjedi Ibola est clair : Les réseaux sociaux sont devenus l’épine dorsale d’un commerce invisible mais colossal. PME, artisans, influenceurs et acteurs de l’économie informelle y ont élus domicile : c’est là qu’ils prospèrent, vendent, survivent. Ordés sans préavis, ces espaces vitaux laissent derrière eux un vide commercial brutal.
Les répercussions économiques sont immédiates et multiformes : Des pertes de revenus saignant des milliers d’entrepreneurs du jour au lendemain. Un effacement brutal de la visibilité pour les entreprises locales. Un coup de frein violent sur le commerce électronique. Un signal d’alarme envoyé aux investisseurs étrangers, inquiets d’un climat numérique volatil. Des suppressions d’emplois en cascade dans le marketing digital et la communication.

Dans un contexte où des familles entières dépendent des ventes en ligne pour subvenir à leurs besoins, une telle mesure ne frappe pas seulement les écrans : elle frappe les assiettes.

UNE FRACTURE SOCIALE ET INFORMATIONNELLE

Au-delà du commerce, les réseaux sociaux sont devenus le liant invisible de nos sociétés hyper connectées. Les couper, c’est sectionner des liens : familiaux, communautaires, informationnels. La suspension génère une cascade de ruptures : Une interruption brutale des échanges entre citoyens, déjà éprouvés par la crise. Un isolement accru des diasporas, privées de leur cordon ombilical numérique. Un tarissement de l’accès à l’information en temps réel. Une prolifération de rumeurs galopantes via des canaux informels incontrôlables.

Le paradoxe est saisissant : en voulant éteindre l’incendie numérique, les autorités risquent d’attiser la méfiance populaire et d’amplifier la frustration collective surtout lorsque la parole officielle peine à combler le vide laissé par l’obscurcissement des plateformes.

UNE DÉCISION POLITIQUEMENT EXPLOSIVE?

Sur la scène institutionnelle insiste le politique, la suspension des réseaux sociaux est rarement perçue comme un outil de stabilisation : elle est lue comme un aveu. Un aveu de faiblesse, ou pire, comme une attaque frontale contre les libertés publiques. Les conséquences politiques se dessinent avec précision : Des accusations virulentes d’étouffement de la liberté d’expression. Une dégradation accélérée de l’image internationale du pays. Des pressions diplomatiques et des rappels à l’ordre des partenaires. D’éventuelles sanctions économiques qui aggraveraient la fragilité déjà existante. Un embrasement des tensions intérieures, exactement inverse à l’effet escompté.

Dans certains contextes politiques, une telle décision envoie un message dansgereux : celui d’un pouvoir qui préfère éteindre les lumières plutôt que d’affronter les ombres.

UNE EFFICACITÉ TECHNOLOGIQUE LARGEMENT ILLUSOIRE

D’après l’homme politique, en 2026, l’idée de bloquer hermétiquement internet relèverait en réalité de l’utopie technocratique. Les VPN, applications alternatives et protocoles de contournement sont accessibles en quelques clics souvent gratuitement. La suspension produit en réalité des effets pervers : L’émergence d’un marché parallèle florissant de solutions de contournement. Un déplacement des échanges vers des plateformes bien moins régulées et plus opaques. Une perte sérieuse de contrôle sur les flux d’information : l’exactement contraire du but visé. Une érosion profonde de la confiance citoyenne envers les institutions.

La coupure se révèle ainsi techniquement poreuse et politiquement coûteuse. Le rempart tient rarement ; la facture, elle, est réelle.

DES BÉNÉFICES À COURT TERME, DES SÉQUELLES À LONG TERME

Les autorités qui recourent à la suspension invoquent généralement des impératifs légitimes : endiguer la désinformation galopante, prévenir des violences imminentes, protéger la cohésion nationale. Ces objectifs, pris isolement, ne sont pas sans fondement. Mais leur efficacité reste éphémère, et leurs effets de bord persistants.
Le gain sécuritaire immédiat doit impérativement être mis en regard des coûts structurels : érosion des droits, déficit de confiance, fracture sociale. Un calcul dont l’équation est rarement favorable à la liberté.