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Rapatriement massif des fonds de la CEMAC : un tournant stratégique pour la souveraineté financière de l’Afrique centrale

Éditorial analytique : Par Thomas René pour Globe infos

La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) vient de franchir un cap historique. Réunis en début de semaine à Brazzaville, en République du Congo, les chefs d’État et de gouvernement de la sous-région ont acté le rapatriement massif des fonds publics et stratégiques jusque-là logés à l’étranger. Une décision à forte portée politique, économique et symbolique, qui dépasse largement le cadre d’une simple mesure technique de gestion financière.

Les chefs de l’État et de gouvernement de la cemac décident du rapatriement massif des fonds publics et stratégiques jusque-là logés à l’étranger

Dans un contexte international marqué par l’incertitude, la raréfaction des financements extérieurs et la pression accrue sur les équilibres macroéconomiques, ce choix collectif apparaît comme une affirmation claire de souveraineté monétaire et budgétaire de la part des États d’Afrique centrale.

Une décision lourde de sens politique

Longtemps, les États de la CEMAC ont conservé une part significative de leurs avoirs publics hors de la zone, invoquant des impératifs de sécurité financière, de rendement ou des contraintes héritées de l’histoire monétaire. La décision prise à Brazzaville marque une rupture assumée avec ces pratiques. Elle traduit la volonté commune de « reprendre la main » sur des ressources stratégiques et de les mettre plus directement au service des économies locales.

Dans une région où la question de la souveraineté économique demeure intimement liée aux débats sur le franc CFA, la gouvernance monétaire et la dépendance aux partenaires extérieurs, ce rapatriement résonne comme un signal politique fort. Les États membres entendent désormais assumer davantage de responsabilités dans la gestion de leurs finances publiques, tout en renforçant le rôle central de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).

Un levier pour le système bancaire régional

Sur le plan économique, l’enjeu est majeur. L’injection de liquidités issues de ces fonds rapatriés dans le système bancaire régional devrait contribuer à desserrer l’étau du crédit, encore trop contraint dans plusieurs pays de la zone. Banques commerciales, entreprises et États pourraient bénéficier d’un environnement financier plus fluide, à condition que ces ressources soient efficacement orientées vers l’investissement productif.

La BEAC, qui alerte depuis plusieurs mois sur des perspectives macroéconomiques préoccupantes, du ralentissement de la croissance, la vulnérabilité des réserves de change, des pressions inflationnistes voit dans cette décision issue du sommet de Brazzaville un levier stratégique pour consolider ses marges de manœuvre. Le renforcement des réserves de change, étant un objectif clairement affiché, apparaît comme une priorité pour préserver la stabilité du cadre monétaire commun.

Discipline budgétaire et crédibilité internationale

Soutenu par les recommandations du Fonds monétaire international (FMI), ce choix stratégique s’inscrit également dans une logique de discipline budgétaire renforcée. En rapatriant leurs fonds, les États de la CEMAC acceptent implicitement une plus grande transparence et un contrôle accru de l’utilisation des ressources publiques.

Pour les partenaires techniques et financiers, cette décision collective, formalisée lors de la rencontre de Brazzaville, peut être perçue comme un gage de crédibilité, à condition qu’elle s’accompagne de réformes structurelles cohérentes : l’amélioration de la gouvernance, la rationalisation des dépenses publiques, la lutte contre les sorties illicites de capitaux et la diversification d’économies encore fortement dépendantes des matières premières.

Des défis à ne pas sous-estimer

L’enthousiasme suscité par cette décision ne doit toutefois pas occulter les risques. Le rapatriement des fonds ne produira des effets positifs durables que si les mécanismes de gestion, de supervision et d’allocation des ressources sont rigoureusement encadrés. À défaut, les fragilités structurelles du système financier régional pourraient en limiter la portée.