Par Thomas René pour Globe infos.

À Cape Town, le Gabon n’a pas fait de la figuration. À l’occasion du Mining Indaba 2026, grand-messe annuelle de l’industrie extractive africaine, Libreville a déployé une stratégie lisible, structurée et assumée : repositionner le pays comme une puissance minière émergente à forte valeur ajoutée, capable de peser dans les nouvelles chaînes industrielles du continent.

Au cœur de cette séquence diplomatique et économique, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène NGUEMA NGUEMA, a multiplié les signaux à destination des investisseurs, des États partenaires et des opérateurs miniers. Son intervention lors du dîner des ministres des Mines, organisé par son homologue sud-africain, a servi de plateforme politique pour exposer une doctrine minière désormais clairement affirmée.
Une diplomatie minière assumée, au-delà des annonces
Dans un contexte africain marqué par une concurrence accrue pour les capitaux extractifs, le discours gabonais s’inscrit dans une logique de différenciation. Loin d’une simple opération de séduction, l’approche défendue par le ministre repose sur trois piliers structurants : stabilité institutionnelle, transformation locale des ressources et renforcement des partenariats Sud-Sud.
Cette prise de parole intervient à un moment charnière pour le pays. Depuis la transition institutionnelle amorcée en 2023, les autorités gabonaises s’attachent à démontrer que la refondation politique s’accompagne d’un changement de paradigme économique. Le secteur minier, longtemps cantonné à l’exportation brute, apparaît désormais comme l’un des leviers prioritaires de cette nouvelle trajectoire.

Le manganèse, pivot d’une stratégie de souveraineté industrielle
Deuxième producteur mondial de manganèse, le Gabon entend capitaliser sur cet avantage comparatif pour franchir un seuil stratégique. L’annonce de l’interdiction progressive des exportations de manganèse brut à l’horizon 2029 marque une rupture nette avec le modèle extractif traditionnel.
Cette orientation, défendue avec constance par Sosthène NGUEMA NGUEMA, vise à forcer l’émergence d’une chaîne de valeur locale, en incitant les opérateurs à investir dans la transformation métallurgique sur le sol gabonais. L’objectif est double : capter davantage de valeur ajoutée et renforcer l’impact économique et social du secteur minier.
Une telle décision n’est pas sans risques. Elle suppose des investissements massifs en énergie, en logistique et en infrastructures industrielles, dans un environnement où les coûts restent élevés. Mais elle inscrit le Gabon dans une tendance continentale plus large, observée notamment en Afrique australe, où les États cherchent à reprendre la main sur leurs ressources stratégiques.
Le pari Sud-Sud comme levier d’influence
L’un des marqueurs forts de la séquence sud-africaine réside dans la mise en avant assumée des partenariats africains, au premier rang desquels figure l’Afrique du Sud. Libreville affiche ainsi sa volonté de diversifier ses alliances, en réduisant sa dépendance historique vis-à-vis des partenaires occidentaux et asiatiques.
Cette coopération Sud-Sud répond à une logique pragmatique : accès à une expertise reconnue en matière de transformation minière, partage de technologies et construction progressive de chaînes de valeur régionales. Les échanges engagés autour de l’exploration aurifère, des terres rares et d’autres minerais critiques traduisent également une volonté de repositionner le portefeuille minier gabonais sur des ressources à forte valeur stratégique mondiale.
Infrastructures, exploration et crédibilité de la trajectoire
Au-delà des discours, la crédibilité de l’offensive gabonaise repose sur sa capacité à lever plusieurs contraintes structurelles. Le développement des infrastructures de transport – ferroviaires et portuaires – demeure un préalable incontournable à toute industrialisation minière lourde.
Parallèlement, l’accent mis sur la recherche géologique vise à réduire le risque exploratoire, principal frein à l’engagement des investisseurs institutionnels et des majors minières. Dans ce domaine, les partenariats techniques internationaux et régionaux pourraient jouer un rôle déterminant.
Rassurer les marchés, inscrire le Gabon dans les chaînes stratégiques mondiales
En filigrane, le message adressé au marché est clair : le Gabon entend offrir un cadre politique stable, sécurisé et prévisible, condition indispensable à l’attractivité minière. La référence récurrente aux minerais critiques, notamment le manganèse, permet en outre d’inscrire le pays dans les chaînes d’approvisionnement stratégiques mondiales, à l’heure où la transition énergétique et numérique exacerbe la compétition pour ces ressources.
Une ambition structurante, sous conditions
L’offensive menée par Sosthène NGUEMA NGUEMA au Mining Indaba 2026 révèle une ambition claire : faire du secteur minier un moteur d’industrialisation nationale, et non plus un simple pourvoyeur de rentes. Cette stratégie, cohérente sur le plan conceptuel, reste toutefois exigeante dans sa mise en œuvre.
Elle suppose une coordination étroite entre politique industrielle, financement des infrastructures, stabilité réglementaire et transfert de technologies. Si ces conditions sont réunies, le Gabon pourrait changer de statut et s’imposer comme un acteur minier de référence en Afrique centrale. À défaut, le risque serait de voir l’ambition se heurter à des contraintes structurelles persistantes.
Quoi qu’il en soit, le signal envoyé depuis Cape Town est sans équivoque : Libreville ne veut plus seulement exporter ses minerais, mais négocier sa place dans la chaîne industrielle africaine et mondiale.
