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#Intelligence artificielle au Gabon : le RENAJI et le CONIIA forment les journalistes à l’éthique et à la responsabilité éditoriale à Libreville

Par la rédaction de Globe infos.

Libreville, 18 février 2026. Dans une salle de formation transformée en laboratoire d’idées, claviers ouverts et regards concentrés, des journalistes gabonais interrogent l’avenir de leur métier. À l’initiative du Réseau National des Journalistes Indépendants (RENAJI), une formation de trois jours, organisée du 18 au 20 février en partenariat avec le Conseil International de l’Intelligence Artificielle (CONIIA), explore un thème au cœur des mutations médiatiques : « Éthique, innovation et responsabilité éditoriale ».

En effet, à l’heure où l’intelligence artificielle s’impose dans les rédactions du monde entier, le Gabon entend ne pas rester spectateur de cette révolution technologique.

Une révolution comparable à l’arrivée d’Internet

Dès l’ouverture des travaux, le ton est donné. Pour le formateur du CONIIA, Jérôme RIBEIRO, l’intelligence artificielle constitue une rupture historique :

« L’intelligence artificielle ne doit pas remplacer le journaliste, mais renforcer sa capacité d’analyse et son sens critique. »

Comparée à l’avènement d’Internet dans les années 2000, l’IA redéfinit les méthodes de production de l’information. Automatisation de tâches rédactionnelles répétitives, vérification rapide des faits, analyse de volumes massifs de données, génération de contenus multimédias ou optimisation des stratégies de diffusion : les opportunités sont nombreuses.

Dans un contexte où les rédactions fonctionnent souvent avec des moyens limités, ces outils apparaissent comme des accélérateurs de productivité. Mais à condition, insiste le formateur, d’en comprendre les mécanismes internes. « Un journaliste qui ne maîtrise pas l’outil numérique risque d’en devenir dépendant », prévient-il.

Opportunités technologiques, risques éditoriaux

Les échanges ont rapidement dépassé le simple enthousiasme technologique. Car derrière les promesses d’efficacité se profilent des risques bien réels :

  • propagation de fausses informations générées automatiquement ;
  • manipulation d’images et de vidéos (deepfakes) ;
  • amplification de biais algorithmiques ;
  • atteinte à la crédibilité des médias ;
  • dépendance excessive aux systèmes automatisés.

Dans un écosystème médiatique déjà fragilisé par la désinformation sur les réseaux sociaux, l’usage non encadré de l’intelligence artificielle pourrait accentuer la défiance du public.

Les participants ont ainsi été sensibilisés à une exigence fondamentale : vérifier systématiquement tout contenu produit ou assisté par une IA, mentionner l’usage d’outils automatisés lorsque cela s’avère pertinent et protéger les données personnelles.

L’éthique comme boussole

Pour le président du RENAJI, Aimé Serge BOULINGUI, la question n’est pas de savoir s’il faut adopter l’intelligence artificielle, mais comment l’intégrer sans renoncer aux fondamentaux du métier :

« L’Intelligence Artificielle est un outil d’appui. Elle ne remplace ni l’éthique ni le jugement du journaliste. Notre responsabilité demeure humaine. »

Au cœur des discussions : la préservation de l’indépendance éditoriale face aux algorithmes. Qui programme ces outils ? Quels biais culturels ou idéologiques peuvent-ils véhiculer ? Comment éviter que l’automatisation n’influence le traitement de sujets sensibles, notamment en période électorale ou lors de crises sociales ?

Autant de questions qui replacent l’humain au centre du processus d’information.

Vers une modernisation maîtrisée du paysage médiatique gabonais

À travers cette initiative, le RENAJI entend accompagner la mutation numérique du paysage médiatique gabonais. L’objectif n’est pas seulement technique ; il est stratégique. Former les journalistes aujourd’hui, c’est préparer des rédactions capables de concilier innovation technologique, rigueur professionnelle et crédibilité publique.

Les participants sont repartis de cette première journée avec des outils pratiques :

  • méthodes d’utilisation de l’IA pour la collecte d’informations ;
  • techniques d’analyse automatisée de données ;
  • protocoles de vérification et de transparence éditoriale ;
  • repères juridiques et éthiques pour encadrer les usages.

Une étape décisive pour la presse gabonaise

Dans un monde médiatique en recomposition permanente, où la rapidité concurrence parfois la fiabilité, cette formation marque une étape significative pour le secteur au Gabon. Elle témoigne d’une prise de conscience : la modernisation ne peut se faire sans réflexion critique.

À Libreville, pendant trois jours, l’intelligence artificielle n’a pas été présentée comme une menace, ni comme une solution miracle. Elle a été abordée pour ce qu’elle est : un outil puissant, exigeant, qui oblige la profession à se réinventer sans renier ses principes.

À l’heure de la révolution algorithmique, la presse gabonaise semble avoir choisi sa ligne directrice : innover, oui, mais sous le contrôle vigilant de l’éthique et de la responsabilité éditoriale.