Entre émotion collective, clarification politique et annonces structurantes, la Présidence tente de reprendre la main sur les dossiers sociaux sensibles.
Par Thomas René pour Globe infos. La conférence de presse tenue ce mercredi 21 janvier 2026 au Palais du bord de mer, animée par le porte-parole de la Présidence de la République, Théophane Junior Nzame-Nze Biyoghe, s’est ouverte sur un moment d’intense émotion nationale. Avant toute communication institutionnelle, un hommage solennel a été rendu à Brice Ndong, journaliste d’investigation reconnu, décédé la veille dans un tragique accident de la circulation.

Dans un message empreint de gravité, les condoléances du Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, ont été adressées à l’ensemble des journalistes gabonais, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui ont côtoyé et apprécié le défunt. Un hommage qui dépasse la seule figure de Brice Ndong pour rappeler le rôle fondamental de la presse dans la vie démocratique du pays. « Que la main de Dieu tout-puissant touche et apaise, partout où son absence sera douloureuse », a-t-il été déclaré, dans une formule qui souligne la dimension nationale de la perte.
Clarifier l’action de l’État dans un contexte social sous tension
Au-delà de cet hommage, la conférence de presse a permis à l’exécutif de réaffirmer plusieurs axes majeurs de son action, dans un climat social marqué par des attentes fortes, notamment dans les secteurs de l’Éducation et de la Santé.
La Présidence a insisté sur la poursuite des efforts constants de l’État pour améliorer le cadre de travail et les conditions de vie des personnels éducatifs et sanitaires. Un rappel stratégique, alors que ces secteurs concentrent l’essentiel des revendications sociales depuis plusieurs mois. Pour l’exécutif, il s’agit de démontrer que les réformes engagées s’inscrivent dans le temps long, malgré les contraintes budgétaires et administratives héritées du passé.
Autre priorité réaffirmée : la lutte contre la vie chère, devenue l’un des principaux marqueurs du malaise social. Le porte-parole de la Présidence de la République a annoncé que la centrale d’achats du Gabon, projet phare destiné à réguler les prix des produits de première nécessité, entrera dans une phase décisive entre fin février et début avril 2026. Une échéance désormais clairement posée, qui engage politiquement le pouvoir en place.
Enfin, la question sécuritaire n’a pas été éludée. La poursuite des efforts visant à garantir la sécurité des biens et des personnes sur l’ensemble du territoire national demeure un axe central de l’action gouvernementale, dans un contexte régional et interne exigeant une vigilance accrue.
Le dossier des enseignants : une stratégie de clarification politique
Mais c’est sans doute sur le dossier sensible des enseignants que Théophane Junior Nzame-Nze Biyoghe a tenu à apporter les précisions les plus structurantes. Dans une déclaration officielle, l’institution a rappelé qu’à son arrivée aux responsabilités, le régime actuel a hérité d’un dossier administratif qualifié de « lourd, très lourd », fruit de décennies de dysfonctionnements.
Selon la Présidence, les difficultés persistantes liées aux rappels de solde, intégrations, avancements, vacations et régularisations de carrières ne sauraient être imputées au pouvoir en place. Elles seraient la conséquence directe de nombreuses années de mauvaise gouvernance, d’irrégularités administratives et de promesses non tenues par l’ancien système.
Cette prise de parole s’inscrit dans une stratégie de clarification politique : il s’agit à la fois de reconnaître la légitimité des revendications, tout en réinscrivant leur origine dans un passif structurel ancien. Un exercice d’équilibriste, destiné à contenir la contestation sociale sans nier l’ampleur des problèmes.
Entre attentes populaires et impératif de résultats
En filigrane, cette conférence de presse révèle les tensions propres à la phase actuelle de la transition gabonaise : gouverner dans l’urgence tout en réparant les fractures héritées du passé. L’exécutif cherche à imposer un récit de responsabilité et de rupture, tout en se sachant attendu sur des résultats concrets, notamment sur le pouvoir d’achat et la situation des agents publics.
La Présidence a conclu en remerciant les organes de presse présents, ainsi que les équipes techniques de la Présidence de la République, saluées pour leur professionnalisme. Un geste qui, au-delà de la forme, témoigne de la volonté affichée de maintenir un dialogue ouvert avec les médias, dans un contexte où l’opinion publique demeure attentive à chaque signal envoyé par le sommet de l’État.
