Par Thomas René pour Globe infos.
Alors que la visite d’Emmanuel Macron à Libreville relance le débat sur la place de la France en Afrique centrale, le président du MORENA, Thierry Ondo Assoumou, livre une analyse sans concession. Entre quête de souveraineté, remise en question des partenariats économiques hérités du passé et interrogations sur le contexte politique interne, sa prise de position bouscule les certitudes et ravive les enjeux d’une relation franco-gabonaise en pleine reconfiguration.

Dans un pays encore marqué par les cicatrices d’un système ancien et les échos d’une transition inachevée, la parole de Thierry Ondo Assoumou résonne comme un appel à la dignité nationale. Entre lucidité et urgence, il rappelle que le Gabon ne pourra écrire son avenir qu’en s’émancipant des ombres du passé et en affirmant, enfin, sa souveraineté.
Un voyage placé sous le signe des relations bilatérales
Pour Thierry Ondo Assoumou, la visite du président français doit avant tout être replacée dans le cadre des relations historiques et stratégiques entre Paris et Libreville. Mais, à ses yeux, un tournant s’impose : celui d’une relation « d’égal à égal », libérée du paternalisme postcolonial qui a longtemps structuré les rapports entre les deux pays.
Le leader du MORENA estime que la diplomatie gabonaise doit s’affirmer avec clarté face à la France, comme face à tout autre partenaire international. « Le défi de la 5ᵉ République, pour le Gabon, est de s’extirper de toute posture de complexité et de sortir de la tutelle symbolique de l’ancien colonisateur », analyse-t-il.

Souveraineté économique : un impératif encore inachevé
Sur le terrain économique, Thierry Ondo Assoumou se montre particulièrement critique. Selon lui, les « partenariats gagnant-gagnant », vantés depuis l’ère Omar Bongo comme gage d’équilibre entre Paris et Libreville, n’ont jamais réellement profité au Gabon.
Il pointe notamment l’absence de souveraineté réelle sur les ressources stratégiques comme le pétrole, les mines, le bois encore encadrées par des accords coloniaux que le MORENA appelle à réviser, comme détaillé dans son « Livre blanc ». Sans cette refonte, estime-t-il, aucun partenariat ne peut être réellement bénéfique.
À ses yeux, l’ouverture à de nouveaux partenaires et la renégociation des cadres économiques constituent une étape incontournable pour replacer le Gabon au centre de ses propres intérêts.
Une tournée africaine sous surveillance
Au-delà du cas gabonais, Thierry Ondo Assoumou scrute la tournée africaine d’Emmanuel Macron avec prudence. Il y voit une tentative pour la France de réadapter sa présence sur un continent où de nouveaux acteurs, notamment asiatiques et moyen-orientaux, redessinent les équilibres.
Pour le président du MORENA, Libreville ne doit en aucun cas être perçue comme un « bastion » à préserver, ni comme un terrain de reconquête. « Nous attendons une collaboration franche, sincère, et exempte de toute stratégie de domination », affirme-t-il, plaidant pour une relation réinventée.
Un timing politique qui interroge
Mais un point attire particulièrement son attention : le moment choisi pour cette visite. Celle-ci intervient alors que le Gabon est secoué par les révélations diffusées sur les réseaux sociaux par le fils d’Ali Bongo, sur fond de procès visant d’anciens dignitaires du régime déchu.
Pour Thierry Ondo Assoumou, la simultanéité de ces événements n’est pas anodine. « Que se cache-t-il derrière ces entreprises ? », s’interroge-t-il, pointant un climat politique interne « troublant » où affaires judiciaires, enjeux de pouvoir et dynamique internationale semblent s’entremêler.
Une relation à réinventer
L’analyse du président du MORENA soulève une question centrale : comment refonder une relation franco-gabonaise longtemps marquée par des héritages politiques et économiques asymétriques ?
Pour Thierry Ondo Assoumou, la réponse passe par une série de ruptures assumées : souveraineté diplomatique, autonomie économique, diversification des partenariats et relecture des accords historiques. La visite d’Emmanuel Macron ne doit pas être un retour aux anciennes pratiques, mais une occasion d’ouvrir un cycle nouveau, fondé sur le respect, la transparence et la réciprocité.
