Par Thomas René pour Globe infos.

À travers un point de presse dense et méthodiquement articulé, la présidence gabonaise affiche une volonté claire : reprendre l’initiative du récit politique sur les priorités nationales. Diplomatie économique, réforme administrative, sortie de crise dans l’éducation, sécurisation foncière… La première institution entend démontrer que la stabilité retrouvée s’accompagne désormais de résultats mesurables.
Au cœur de cette stratégie de communication, un principe : faire coïncider reconnaissance internationale et bénéfices tangibles pour la population.

Diplomatie économique : des partenariats ciblés pour transformer le modèle
Le séjour du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, aux Émirats arabes unis s’inscrit dans une diplomatie assumée comme « outil stratégique de transformation ». Trois mémorandums d’entente ont été mis en avant : dans les secteurs minier, numérique et logistique.
Dans le secteur aurifère, l’accord signé avec ADMOG GOLD vise à renforcer l’exploration et la commercialisation de l’or, avec la promesse d’une exploitation conforme aux standards environnementaux et sociaux internationaux. Le message est limpide : il ne s’agit plus d’extraire sans transformer, mais de capter davantage de valeur ajoutée localement.
Sur le plan numérique, le renouvellement du partenariat avec Presight, filiale du groupe G42, confirme l’orientation vers un État numérisé, appuyé sur l’intelligence artificielle et l’analytique avancée. Au-delà de la modernisation administrative, la présidence insiste sur un enjeu stratégique : la souveraineté numérique.
Enfin, l’accord avec Abu Dhabi Ports Company ambitionne de positionner le Gabon comme hub logistique régional, intégré aux chaînes de valeur internationales. Ports, corridors commerciaux et zones économiques sont appelés à devenir des leviers de diversification.
Cette séquence diplomatique traduit un repositionnement : le Gabon veut apparaître comme un partenaire stable, prévisible et orienté vers la transformation structurelle de son économie. Reste la question centrale de l’exécution, dans un contexte budgétaire contraint et face aux attentes sociales élevées.

Retour continental : un signal politique à Addis-Abeba
Sur le plan africain, l’élection du Gabon au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, lors de la 48ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif, constitue un marqueur symbolique fort.
Pour Libreville, cette désignation signifie le retour à une pleine légitimité diplomatique sur la scène continentale. Le Conseil de paix et de sécurité étant l’organe central de l’architecture africaine de paix et de sécurité, y siéger revient à participer aux arbitrages stratégiques en matière de prévention des conflits, de médiation et d’opérations de soutien à la paix.
La présidence met en avant une ligne constante : promotion de « solutions africaines aux crises africaines », lutte contre l’extrémisme violent et engagement en faveur de la stabilité régionale. Là encore, la communication insiste sur la crédibilité restaurée du pays.
Éducation : sortie de crise et réforme administrative en toile de fond
Sur le plan intérieur, le discours présidentiel opère un glissement significatif : de la diplomatie vers le social. La crise éducative déclenchée en décembre est présentée comme un test de gouvernance.
La présidence souligne un fait politiquement notable : l’absence de sanctions massives contre les enseignants grévistes et la reprise progressive des cours. Les « soldats du savoir » sont publiquement salués, dans une volonté d’apaisement.

Mais au-delà de la gestion conjoncturelle, l’exécutif reconnaît des dysfonctionnements structurels : lenteurs administratives, inégalités de traitement dans l’intégration des agents publics. La réponse avancée repose sur un volume inédit de postes budgétaires alloués depuis août 2023 : près de 40 000 en trois ans, dont une part substantielle pour l’éducation.
À cela s’ajoutent des mesures concrètes : construction de 500 salles de classe, suppression des frais d’inscription pour plus de 200 000 élèves, rétablissement des bourses, logements pour enseignants. Autant d’indicateurs destinés à illustrer un passage du discours aux actes.
Foncier : vers une rupture avec les lenteurs historiques ?
Autre chantier mis en exergue : la sécurisation foncière. La transmission de 5 224 décisions de cession à la Conservation foncière est présentée comme une avancée « historique », dans un pays où environ 33 000 titres seulement ont été délivrés en 121 ans.
L’objectif affiché, 50 000 titres fonciers, traduit une volonté de massification. Le plafonnement des frais à 600 000 FCFA vise à rendre l’accès à la propriété plus accessible.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est politique : faire de la propriété foncière un levier d’inclusion économique et de cohésion sociale. En présentant la réforme comme un acte de justice sociale, la présidence cherche à ancrer son action dans le quotidien des ménages.
Une stratégie de communication structurée
Ce point de presse révèle une évolution notable : la première institution entend occuper le terrain médiatique avec une narration cohérente, articulée autour de quatre piliers : diplomatie, administration, éducation, justice sociale.

Le ton se veut à la fois institutionnel et pédagogique. Les chiffres sont mobilisés pour objectiver l’action publique. Les partenaires internationaux sont cités pour crédibiliser l’ouverture économique. Les mesures sociales sont détaillées pour répondre aux préoccupations domestiques.
Dans un contexte de transition et de recomposition institutionnelle, cette stratégie vise à consolider la confiance, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.
Reste à savoir si cette volonté de communication régulière et structurée s’inscrira dans la durée et si les engagements annoncés produiront des effets perceptibles à moyen terme. Car, au-delà du récit, c’est sur la transformation effective du modèle économique et social que sera jugée l’action du pouvoir.
