Par Thomas René pour Globe infos.
La relance des négociations entre le gouvernement gabonais et le mouvement « SOS ÉDUCATION », sous l’impulsion directe du Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, n’est pas un simple exercice protocolaire. Elle traduit une volonté assumée de l’exécutif de dénouer une crise devenue structurelle, et surtout d’éviter que l’année scolaire 2025-2026 ne bascule irrémédiablement.

Car derrière les communiqués officiels et les réunions interministérielles, une réalité s’impose avec force : le système éducatif gabonais est sous tension extrême, et avec lui l’avenir de centaines de milliers d’élèves. Chaque journée sans école creuse un peu plus le fossé entre le temps politique et l’urgence sociale.
D’un conflit sectoriel à une crise nationale
Depuis plusieurs semaines, l’école gabonaise fonctionne au ralenti, parfois à l’arrêt. Les enseignants portent des revendications légitimes, ancrées dans des années de frustrations accumulées. L’État, de son côté, fait face à des contraintes budgétaires réelles, héritées d’une situation économique fragile et d’engagements financiers lourds.
Mais entre ces deux réalités, les élèves demeurent les grands oubliés du bras de fer.
Dans de nombreux quartiers populaires, dans les zones rurales et périurbaines, l’école représente bien plus qu’un lieu d’apprentissage. Elle est un rempart social, un espace de structuration, parfois le seul horizon d’émancipation pour des milliers d’enfants.
Lorsque l’école s’arrête, ce sont les repères qui s’effondrent, les trajectoires qui se brisent, les inégalités qui s’aggravent.
La crise éducative n’est donc plus un simple différend administratif ou syndical. Elle est devenue :
un enjeu de stabilité sociale,
une question de sécurité nationale,
une menace directe sur la cohésion républicaine.

Une relance du dialogue qui traduit une volonté politique claire
La réunion du 26 janvier 2026, réunissant autour de la même table le Vice-Président du Gouvernement, les ministres Camélia Ntoutoume-Leclercq, Laurence Ndong, Marc Abéghé et les représentants nationaux et provinciaux du mouvement « SOS ÉDUCATION », s’inscrit dans une démarche précise : lever le verrou du blocage par le dialogue, et non par l’épreuve de force.
Cette initiative, voulue et assumée par le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, marque une ligne politique claire :
privilégier la concertation,
rechercher des compromis réalistes,
éviter l’enlisement.
Politiquement, le signal est fort.
Institutionnellement, la méthode est responsable.
Symboliquement, l’État montre qu’il ne se dérobe pas.
Mais l’exécutif en est conscient : le dialogue n’est qu’un moyen, pas une finalité.
L’urgence de sauver l’année scolaire
Sur le terrain, les faits demeurent préoccupants :
des salles de classe toujours fermées,
des programmes profondément perturbés,
des examens menacés,
une année scolaire suspendue à l’issue des négociations.

La question centrale n’est donc plus seulement celle des revendications salariales ou statutaires. Elle est désormais plus grave :
Peut-on encore sauver l’année scolaire 2025-2026 ?
Et surtout :
Qui assumera la responsabilité politique et morale d’un éventuel échec ?
Car une année scolaire perdue ne se résume pas à un ajustement de calendrier. Elle entraîne :
des ruptures durables dans les parcours éducatifs,
une hausse du décrochage scolaire,
une exposition accrue des jeunes à l’oisiveté et à la précarité,
une fragilisation du capital humain national.
Un État peut absorber un choc budgétaire.
Il se relève beaucoup plus difficilement d’une génération déscolarisée.
Sortir de l’impasse : responsabilité partagée et pragmatisme
L’exécutif l’affirme désormais sans détour : la sortie de crise ne peut être que collective.

L’État reconnaît la légitimité des revendications.
Les enseignants connaissent les limites financières actuelles.
Mais la Nation, elle, ne peut se permettre un blocage prolongé.
Reprendre les cours ne signifie pas renoncer au dialogue.
Reprendre les cours signifie préserver l’essentiel pendant que les solutions durables se construisent.
C’est dans cet esprit que le gouvernement tente de lever le verrou : non par la contrainte, mais par la responsabilité partagée et le sens de l’intérêt général.
L’école, ligne rouge de la République
L’histoire des transitions politiques est implacable :
les pays qui sacrifient leur école hypothèquent leur avenir.
Le Gabon ne peut pas se permettre ce luxe tragique.
Si l’école s’effondre, ce n’est pas seulement un ministère qui vacille.
C’est la République elle-même qui se fissure.
La relance du dialogue est un pas décisif.
Mais la reprise effective des cours demeure l’urgence absolue.
On peut corriger un budget.
On peut réformer une administration.
On peut renégocier des accords.
Mais on ne rattrape jamais une enfance perdue.
Le salut de l’année scolaire dépasse désormais les clivages syndicaux et institutionnels.
Il relève d’un impératif national, d’un devoir républicain et d’une urgence historique.
L’école gabonaise ne doit pas devenir la victime silencieuse d’un conflit prolongé.
