Par Thomas René pour Globe infos.

Dans un communiqué transmis à notre rédaction ce 4 février 2026, l’Observatoire Chrétien pour la Paix (OCP) brise le silence. À l’instar de nombreux acteurs de la société civile et formations politiques, cette organisation refuse de demeurer spectatrice face au marasme qui paralyse l’Éducation nationale et hypothèque l’avenir du pays. Son diagnostic est sans appel : l’heure est aux mesures concrètes pour désamorcer cette crise dans les plus brefs délais.
Depuis mi-décembre 2025, au démarrage du deuxième trimestre scolaire 2025/2026, les enseignants gabonais – du préscolaire au secondaire technique – ont débrayé massivement. Leurs exigences : des conditions d’existence dignes, passant par la régularisation complète de leurs statuts administratifs (titularisations, promotions, reclassements) et la revalorisation salariale correspondante, sans oublier le versement intégral des arriérés et des rémunérations des jurys d’examens nationaux de 2025.
Impulsé par la mobilisation spontanée de plusieurs générations d’enseignants précarisés rassemblés sous la bannière du collectif SOS Éducation, ce mouvement a obtenu le soutien de syndicats reconnus tels que le SENA et le SYNATECPRO. L’adhésion du corps enseignant a été quasi unanime, entraînant la fermeture totale des établissements préscolaires, primaires et secondaires sur l’ensemble du territoire.
Un protocole d’accord aux résultats mitigés
Face aux pourparlers engagés avec l’Exécutif – qui a institué une commission tripartite réunissant les ministères de l’Éducation nationale, de la Fonction publique et du Budget ainsi que les partenaires sociaux –, un protocole d’accord a été paraphé. Ce texte prévoit notamment la régularisation de 4 000 dossiers administratifs, l’intégration salariale de 1 800 bénévoles, la rémunération de 328 stagiaires des ENS et ENSET, celle de 692 enseignants du confessionnel, ainsi qu’une prime d’éloignement de 50 000 francs pour les enseignants en zones reculées. Les autres doléances font l’objet de négociations au sein de trois commissions ad hoc.
Un constat d’incohérence généralisée
L’OCP, qui suit attentivement l’évolution de cette grève et plaide pour la concorde sociale, déplore qu’en dépit des engagements formels du gouvernement, la reprise scolaire tarde à se concrétiser et s’opère de manière disparate selon les établissements et les provinces. L’organisation pointe également l’instabilité tactique des deux camps – gouvernement et coalition enseignante.
Du côté de l’Exécutif, l’absence de coordination stratégique claire frappe les observateurs. La prolifération de médiateurs, échappant parfois au contrôle du ministre de l’Éducation nationale, brouille les lignes de communication. L’implication dérisoire des autorités locales dans la sensibilisation des parents d’élèves aggrave davantage la situation.
Du côté des partenaires sociaux, la radicalisation s’installe, alimentée par une défiance croissante entre la base et ses représentants. Le déficit d’esprit de dialogue se manifeste notamment par le boycott délibéré de la commission tripartite. La méconnaissance des codes de la négociation syndicale et du fonctionnement organisationnel entrave toute issue constructive.
Un appel solennel à la responsabilité citoyenne
L’OCP, à l’unisson de la population gabonaise, reconnaît la légitimité incontestable des revendications enseignantes et milite pour leur satisfaction pleine et entière. Néanmoins, cette justesse ne saurait primer sur l’intérêt supérieur de la nation. Enseigner relève d’une vocation quasi sacerdotale, exigeant un exercice empreint d’esprit républicain et même de sacrifice.
Fort de ce constat, l’OCP exhorte le gouvernement à honorer scrupuleusement ses engagements inscrits dans le protocole d’accord et encourage les enseignants à regagner leurs salles de classe avec humilité, tout en rejoignant la commission tripartite de suivi. La stratégie de la chaise vide, rappelle l’organisation, n’a jamais porté ses fruits. L’OCP prend désormais à témoin le peuple gabonais, qui jugera du degré de maturité de chaque protagoniste dans la préservation de la paix sociale et la sauvegarde de cette année scolaire cruciale.
