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[Gabon – Société] Suspension des réseaux sociaux : Nicaise Moulombi interpelle et appelle à la retenue

Par la rédaction.

Dans une déclaration parvenue à la rédaction de Globe Infos ce 21 février, Nicaise Moulombi, président de l’ONG Croissance Saine Environnement et figure engagée de la société civile gabonaise, a pris la parole sur la suspension des réseaux sociaux, une mesure qui secoue l’opinion publique depuis plusieurs jours.

Le militant associatif a d’emblée tenu à rectifier une confusion largement répandue dans le débat public : ce n’est pas le gouvernement qui est à l’origine de cette décision, mais bien la Haute Autorité de la Communication (HAC), en sa qualité d’organe indépendant de régulation. Une nuance capitale, selon lui, pour aborder sereinement le fond du problème.

Une décision jugée excessive et déconnectée des réalités

Sur le fond, Nicaise Moulombi ne mâche pas ses mots. « Cette décision est extrême, incongrue, et suscite une profonde incompréhension, tant elle révèle un décalage générationnel et institutionnel flagrant face aux mutations technologiques que connaît notre époque », affirme-t-il avec fermeté.

Pour le président de Croissance Saine Environnement, réduire les réseaux sociaux à de simples plateformes de divertissement serait une erreur d’appréciation grave. Ces espaces numériques sont aujourd’hui des vecteurs incontournables de travail, d’expression citoyenne, de commerce, d’innovation et de mobilisation démocratique. Les neutraliser, c’est en réalité paralyser une frange entière de l’activité économique et sociale du pays.

« Dans un contexte déjà éprouvant, marqué par le chômage et la flambée du coût de la vie, qui a véritablement mesuré l’impact d’une telle mesure sur ceux qui en tirent leurs revenus ? », interroge-t-il, visiblement préoccupé par les conséquences concrètes sur les populations les plus vulnérables.

Réguler, oui — mais avec discernement

Loin de rejeter tout principe de régulation, Nicaise Moulombi plaide néanmoins pour une approche plus ciblée et proportionnée. « Il est légitime de réguler. Mais interpeller, prévenir, ou sanctionner au cas par cas, comme le prévoit la loi, aurait été, à mon sens, bien plus responsable », soutient-il.

Une position que les faits semblent conforter : dès l’annonce de la suspension, des appels au téléchargement de VPN ont immédiatement circulé sur les téléphones de milliers de Gabonais, rendant la mesure en partie inopérante sur le terrain.

Une atteinte aux libertés individuelles

Sur le plan juridique et éthique, le militant va plus loin. Il dénonce ce qu’il qualifie d’atteinte manifeste à la liberté, rappelant un principe fondamental du droit : les peines sont individuelles. Faire endurer à l’ensemble d’une nation les dérives de quelques activistes ou complotistes qui s’en seraient pris, selon lui, aux avancées diplomatiques récentes du Gabon, notamment au sein du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, de la CEEAC, ou encore lors du brillant engagement du Gabon au sommet UA-Italie constitue, à ses yeux, une sanction collective disproportionnée. « C’est exagéré », tranche-t-il, tout en concédant que des impératifs de sécurité d’État peuvent parfois justifier des mesures d’exception.

Un appel à la retenue dans l’attente d’une réaction présidentielle

Moulombi conclut sa déclaration par un appel au calme et à la responsabilité collective. Il invite les Gabonais à attendre sereinement la réaction du Président de la République, chef du gouvernement de la Cinquième République, avant tout jugement définitif sur cette affaire.

Un message de sagesse, à l’heure où les tensions numériques risquent d’exacerber un climat social déjà fragile.