Par la rédaction.

Le dimanche 15 février dernier, les conducteurs de taxi-bus de Libreville, rassemblés au sein de la fédération des syndicats autonomes des transporteurs Gabonais (Fesytrag) sous la houlette de Serge Bertrand Bekalé, ont tenu une réunion. Au cours de cette concertation houleuse, ces professionnels du volant ont saisi l’opportunité pour interpeller vigoureusement les autorités municipales, en premier lieu le maire de la commune de Libreville, ainsi que les ministres des Transports et de l’Intérieur et dans le même temps, le président de la République. Leurs griefs : les interpellations intempestives pour défauts mécaniques, la concurrence déloyale qui gangrène la profession, mais surtout l’épineux problème du racket qui serait organisé par certains agents des forces de l’ordre, pratique tenace qui refuse obstinément de disparaître.

Si depuis quelque temps le climat paraît serein dans le secteur des transports, celui-ci pourrait connaître de sérieuses turbulences dans les jours à venir si aucune mesure n’est prise pour apaiser l’exaspération et le ressentiment des chauffeurs de taxi-bus et petits taxis regroupés au sein de la (Fesytrag). En cause : une kyrielle de maux qui continuent de hanter leur univers professionnel depuis belle lurette, pourtant clairement identifiés.
Un contrôle de l’état mécanique : un calendrier contesté
« Nous ne pouvons pas admettre que chaque année nous nous acquittons d’une taxe municipale censée nous garantir le droit d’exploiter librement le domaine communal, alors qu’en réalité nous œuvrons dans des conditions éprouvantes. La mairie nous a sollicités jusqu’au mois de décembre pour le prélèvement de la taxe municipale. Comment comprendre qu’à peine en janvier, après seulement deux mois d’activité – sans oublier la grève des enseignants –, donc après deux petites semaines de labeur effectif, nous découvrons que lundi dernier la mairie débarque pour vérifier les états mécaniques ? Cette précipitation n’est pas acceptable et nous disons non », dénonce le responsable fédéral qui espérait une période de récupération après avoir lourdement investi en décembre 2025.
La concurrence déloyale, un poison mortel
Au Gabon, nombreux sont ceux qui, plutôt que de respecter scrupuleusement l’activité de transport en établissant les documents réglementaires, s’illustrent dans le transport clandestin. Plus grave encore, selon le président Serge Bertrand Bekalé, cette dérive semble prendre une ampleur alarmante car certains agents des forces de l’ordre seraient désormais massivement impliqués dans cette pratique illégale et ne semblent rien redouter, forts de leur appartenance institutionnelle. « Les trois quarts des fonctionnaires qui exercent dans le clandestin sont des militaires », a-t-il révélé après un échange avec certains responsables de la mairie suite à son interpellation sur la situation. À ceux-là s’ajoutent Taxi Gab, Nzela, Allo Taxi et bien d’autres structures qui seraient, d’après Serge Bertrand Bekalé, « de simples agences de location de véhicules ».
L’affaire du racket : une véritable plaie
Malgré les multiples interpellations des autorités du pays, en tête desquelles le ministre de l’Intérieur de l’époque – aujourd’hui vice-président du gouvernement –, Hermann Immangault, ainsi que les responsables de la gendarmerie et de la police, cette situation semble perdurer inexorablement, à en croire le responsable fédéral. « À chaque poste de contrôle, il faut débourser de l’argent. Un taximan qui n’a rien dépensé quotidiennement, c’est au minimum 10 000 francs CFA. Sur un mois, cela lui fait 300 000 francs et sur l’année, cela grimpe à 3 600 000 francs CFA », chiffre-t-il, accablé.
Un ultimatum aux plus hautes instances
Au regard de ce qui précède et vu l’arsenal de difficultés qui mine le secteur du transport, les transporteurs, par la voix de leur président, interpellent solennellement les autorités, en premier rang desquelles le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, le chef du gouvernement, le ministre de l’Intérieur et le maire de Libreville, afin qu’ils apportent des solutions appropriées à leurs revendications légitimes. Ils entendent dès lors déposer des correspondances officielles et, si rien n’est entrepris, ils se réservent le droit de déclencher un mouvement de grève d’envergure.

