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Gabon : Le corps médical s’engage dans une refonte historique de son institution

Par la rédaction de Globe infos.

Dans une atmosphère empreinte de solennité et de détermination, les praticiens gabonais ont franchi, le 31 janvier dernier, un cap décisif. Rassemblés en assemblée générale ordinaire à l’immeuble Arambo de Libreville, sous l’égide du Dr Emmanuel Ogandaga, président du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM), ils ont acté l’impérieuse nécessité d’une refondation en profondeur de leur institution. Première réunion d’envergure depuis l’achèvement de la transition politique et l’extinction de la crise sanitaire liée à la Covid-19, cette rencontre marque un tournant stratégique.

Au menu des délibérations : la révision intégrale des textes fondateurs jugés archaïques, l’élaboration d’un code déontologique adapté aux réalités contemporaines et l’annonce imminente du renouvellement des instances dirigeantes. Un triptyque ambitieux qui témoigne de la volonté du corps médical de se réinventer face aux mutations accélérées du paysage sanitaire national.

Un arsenal juridique dépassé par l’évolution du système de santé

L’urgence d’une refonte complète du cadre réglementaire a cristallisé les échanges. « Notre institution pâtit actuellement de l’obsolescence de ses instruments de gouvernance », a martelé le président Ogandaga, désignant nommément l’ordonnance n°34/75 du 18 juin 1975 portant création de l’Ordre des médecins.

Selon le praticien, ce dispositif législatif vieillissant « s’est avéré insuffisamment opérationnel » pour appréhender les bouleversements profonds qu’ont connus tant le système de santé que l’exercice de la médecine au Gabon. Le règlement intérieur fait également l’objet de critiques acerbes, notamment « le verrou constitué par l’article 18 », qui, dans les faits, « exclut les médecins ayant opté pour un exercice dans le secteur privé ».

Membre fondateur de la Conférence francophone des ordres des médecins (CFOM) fédérant 27 nations, le CNOM ambitionne désormais d’harmoniser ses pratiques avec les normes internationales en vigueur. « Il nous incombe d’élaborer un code de déontologie spécifique, eu égard à l’état d’avancement du projet de Code de la santé publique actuellement en discussion au Sénat », a précisé le président.

Une santé financière en amélioration malgré un déficit de cotisations alarmant

Sur le volet organisationnel, l’assemblée plénière a entériné les rapports moral et financier. Les données chiffrées dévoilées mettent en lumière l’ampleur du défi budgétaire. Sur les 2 268 médecins inscrits au tableau de l’Ordre, 80% accusent un retard dans l’acquittement de leurs contributions. Le taux de recouvrement stagne à un maigre 20%.

Paradoxalement, malgré cette hémorragie contributive, la trésorerie du CNOM affiche une progression spectaculaire, bondissant de 53,4 millions de FCFA en 2012 à 227 millions de FCFA en décembre 2025. Cette performance honorable atteste d’une gestion rigoureuse des deniers, mais souligne conjointement l’impératif d’élargir l’assiette contributive et soulève des interrogations cruciales quant à la viabilité du modèle économique de l’Ordre à moyen et long terme.

Cap sur le renouveau : appel aux candidatures lancé

En clôture des travaux, le Dr Emmanuel Ogandaga a officialisé l’ouverture d’un appel à candidatures destiné au renouvellement du bureau exécutif du CNOM, sur une période de deux mois. Une étape charnière censée déboucher sur une assemblée générale électorale, appelée à réinventer la gouvernance de l’institution ordinale gabonaise.

L’assemblée s’est achevée par l’adoption de résolutions visant à insuffler une nouvelle dynamique à l’Ordre. Entre modernisation institutionnelle et renaissance éthique, le CNOM trace une feuille de route ambitieuse, portée par les vœux formulés par le président en exercice : « Santé, prospérité, parfaite synergie avec vos collaborateurs et plein succès dans vos recherches scientifiques ».

Une mue institutionnelle salutaire qui, si elle aboutit, pourrait bien redéfinir durablement le visage de la médecine gabonaise