Sous l’impulsion de la vision souverainiste du président Brice Clotaire Oligui Nguema, la Société d’Agriculture et d’Élevage du Gabon (SAEG) multiplie les descentes de terrain. Objectif : lever les verrous de la filière avicole pour tenir le pari fou de l’interdiction des importations de poulets de chair d’ici le 1er janvier 2027.

Par Thomas René pour Globe infos
Le rendez-vous était pris sous la chaleur moite de Malibé 2, ce 17 janvier. Dans cette zone périurbaine où l’avenir de la sécurité alimentaire gabonaise se joue entre hangars et terres arables, une délégation de haut vol a foulé le sol des exploitations. Autour d’Aubert Ndjila, Directeur Général de la SAEG, on notait la présence stratégique de Patrick M. Amvame Ndong, Président du Conseil d’Administration (PCA), et de Patrick Meyo, conseiller du Président de la République.

L’enjeu ? Ne plus se contenter de rapports de bureaux, mais « toucher du doigt » les réalités de ceux qui font l’élevage au Gabon. Car l’échéance du 1er janvier 2027, date fixée par le Chef de l’État pour proscrire l’importation du poulet de chair, approche à grands pas.
Une synergie « commando » pour la prophylaxie
Pour Aubert Ndjila, la réponse ne peut être que collective. Le DG de la SAEG prône une approche en « back-office » où son institution sert de bras armé au ministère de l’Agriculture. « Nous agissons en synergie pour apporter des réponses concrètes aux obstacles des éleveurs », martèle-t-il.

Au cœur des préoccupations : la santé animale.
Dans un secteur où la mortalité peut briser une exploitation en quelques jours, la question de la prophylaxie est devenue une urgence d’État. « Il faut que l’importation des médicaments ou leur production locale soit clairement résolue », insiste le DG. L’idée ici est de briser les monopoles actuels pour garantir un accès fluide aux soins vétérinaires.

Le nerf de la guerre : l’aliment
Si la santé est une priorité, l’assiette du poulet est le véritable défi économique. Actuellement, le coût de l’aliment (la provende) représente près de 70 % des charges d’un éleveur. Sur le site de Mme Karine Agnassa, actrice dynamique du secteur, la stratégie de demain s’esquierte déjà : l’autoproduction.
Propriétaire d’un bâtiment d’une capacité de 9 000 poulets (actuellement peuplé à hauteur de 6 000 têtes pour optimiser le suivi), Mme Agnassa ne veut plus dépendre des caprices des fournisseurs. Elle propose de mettre à disposition des terres pour cultiver les intrants: maïs et soja directement sur place.

Une ambition soutenue par la SAEG.
Sous les orientations du ministre de tutelle, des engins agricoles devraient être mobilisés pour transformer ces périmètres en greniers locaux. « C’est un commencement de résolution en interne pour chaque éleveur », se réjouit Aubert Ndjila.
Briser les monopoles pour libérer la production
Le témoignage de Karine Agnassa est un plaidoyer pour la libéralisation et le soutien public. Pour elle, le salut viendra de la fin du duopole sur la provende et la prophylaxie. « Je dirais aux autorités de donner à la SAEG et aux directions techniques les leviers nécessaires pour prendre la main », confie-t-elle. Son souhait ? Que l’État crée une saine concurrence pour permettre aux éleveurs d’avoir enfin le choix de leurs approvisionnements.

En quittant Malibé 2, la délégation de la SAEG repart avec une feuille de route claire : transformer les contraintes logistiques en opportunités industrielles. Si le chemin vers 2027 est encore semé d’embûches, la volonté de passer de la dépendance à la souveraineté n’a jamais semblé aussi ferme. Au Gabon, la bataille du poulet ne fait que commencer.
