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Gabon : la piraterie maritime dans le golfe de guinée frappe IB FISH, neuf marins aux mains de l’invisible

Par Thomas René pour Globe infos.

Libreville, le 15 Janvier 2026. La piraterie, que l’on croyait contenue dans les eaux gabonaises, a brutalement refait surface. Dans la nuit du 10 au 11 janvier 2026, le chalutier IB FISH 7, battant pavillon gabonais, a été attaqué au large d’Equata, dans les eaux territoriales du Gabon. Neuf membres d’équipage, dont, cinq ressortissants chinois et quatre indonésiens, ont été enlevés. Un rapt ciblé, méthodique, qui replace le pays face à la persistance d’une menace maritime dans le golfe de Guinée.

Me Nkoulou Ondo Ruphin face à la presse

Ce Jeudi 15 du mois en cours, au siège d’IB FISH Gabon S.A., l’atmosphère est lourde. Dans une salle de réunion étouffante, transformée en centre de gravité d’une crise aux multiples ramifications, Me Nkoulou Ondo Ruphin, avocat à la Cour et conseil de l’armateur, porte la voix d’une entreprise sous le choc. Le visage grave, le ton mesuré, il livre un constat sans emphase : l’attaque n’a rien d’un acte improvisé. Elle relève d’une piraterie structurée, exécutée avec précision.

Une violence ciblée en haute mer

Selon les éléments communiqués, les assaillants ont agi avec une rapidité déconcertante, profitant du chaos pour extraire du navire des profils jugés stratégiques. Le chalutier, sécurisé par la Marine nationale gabonaise, a pu être ramené au quai d’Owendo. Mais à son arrivée, il n’est plus qu’un navire amputé de ses cadres humains.

À ce stade, aucune revendication ni demande de rançon n’a été rendue publique. Ce silence, loin de dissiper l’inquiétude, l’alimente. Pour les familles des marins enlevés, pour l’armateur, mais aussi pour les autorités, confrontées à un scénario désormais familier dans le golfe de Guinée : celui d’une violence invisible, sans signature immédiate.

Me Nkoulou Ondo Ruphin accompagné du directoire de l’entreprise

Une coordination étroite avec l’État gabonais

Dès les premières heures suivant l’attaque, IB FISH Gabon S.A. a engagé une collaboration étroite, constante et structurée avec les autorités gabonaises, en particulier les forces de défense et de sécurité maritime. La protection du navire, son escorte jusqu’à Owendo et la gestion de la crise se sont faites dans un cadre institutionnel strict, fondé sur la confiance et la coordination.

« Toutes les démarches entreprises le sont en parfaite intelligence avec l’État », a martelé Me Nkoulou Ondo Ruphin, rappelant que l’entreprise s’est volontairement inscrite dans une logique de coopération totale, excluant toute initiative isolée susceptible de compromettre la sécurité des otages.

La discrétion comme impératif vital

L’absence de communication tapageuse n’est pas un hasard. Elle relève d’un choix stratégique assumé, partagé entre l’armateur et les autorités gabonaises. Dans les affaires de piraterie maritime, la surexposition médiatique est souvent perçue comme un facteur de risque, susceptible de durcir les positions des ravisseurs et de mettre en péril la vie des otages.

IB FISH et l’État ont donc opté pour une gestion volontairement discrète du dossier, privilégiant les canaux sécuritaires, diplomatiques et de renseignement. Un silence maîtrisé, dicté par une priorité absolue : préserver l’intégrité physique des neuf marins enlevés.

Une affaire sous surveillance diplomatique

La présence de ressortissants chinois parmi les otages confère à cette attaque une dimension diplomatique sensible. Pékin suit l’évolution du dossier avec une attention soutenue, tandis que Libreville se retrouve sous le regard de partenaires internationaux attentifs à la capacité du Gabon à protéger les travailleurs étrangers opérant dans ses eaux.

Dans ce contexte, la sobriété du discours officiel apparaît comme un signal fort : celui d’un État et d’une entreprise qui privilégient l’efficacité opérationnelle à l’émotion publique.

Un coup de semonce pour la filière halieutique

Au-delà du drame humain, l’attaque de l’IB FISH 7 interroge la sécurisation des eaux territoriales gabonaises, au moment où le pays ambitionne de s’imposer comme un pôle régional de la pêche industrielle, notamment à travers le renforcement de sa politique halieutique.

Pour les acteurs du secteur, le message est clair : la piraterie maritime, même contenue, reste capable de frapper vite et fort. Dans les eaux troubles du golfe de Guinée, où les frontières s’effacent devant la rapidité des skiffs pirates, le temps devient l’ennemi principal.

Dans les locaux d’IB FISH Gabon S.A., après le départ des caméras, le silence retombe. Il n’est plus seulement pesant. Il est stratégique. Car ici, chaque mot compte, chaque heure pèse, et chaque décision vise un seul objectif : ramener les marins sains et saufs.