Par Thomas René Libreville
La décision a surpris, choqué parfois, et relancé un débat ancien sur la gouvernance du football gabonais. Le 1er janvier 2026, le gouvernement a annoncé une série de mesures concernant l’équipe nationale, les Panthères, révélant les tensions persistantes entre pouvoir politique, institutions sportives et figures emblématiques du ballon rond.

Selon un communiqué officiel brièvement diffusé puis retiré des réseaux sociaux, l’exécutif a décidé de dissoudre le staff technique de la sélection nationale et de suspendre l’équipe jusqu’à nouvel ordre. Le texte mentionnait également la mise à l’écart de deux piliers historiques des Panthères : le défenseur et capitaine Bruno Ecuele Manga, ainsi que l’attaquant Pierre-Emerick Aubameyang, figure la plus médiatisée du football gabonais.
Une remise en cause au sommet de l’État
Ces annonces font suite à un Conseil des ministres tenu le 31 décembre, au cours duquel le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a livré une analyse sévère de l’état du football national. « C’est une part de l’identité nationale qui s’en trouve fragilisée », a-t-il déclaré, selon des sources gouvernementales.
Le chef de l’État a surtout mis en lumière ce qu’il considère comme les racines structurelles du malaise : « l’absence de méthode » et « la dispersion des ressources », deux facteurs traduisant, selon lui, des défaillances chroniques dans l’organisation et la gestion de la sélection nationale.
Un communiqué retiré, une communication maîtrisée
Le retrait rapide du communiqué, sans démenti officiel ni confirmation détaillée, illustre la prudence de l’exécutif face à la sensibilité du dossier. À ce stade, ni la Fédération gabonaise de football (Fégafoot), ni les principaux concernés n’ont publiquement réagi, laissant planer le doute sur la portée exacte des décisions évoquées.
Cette séquence met également en lumière les limites de la communication gouvernementale sur les sujets sportifs, dans un pays où le football dépasse largement le cadre du jeu pour toucher à la cohésion sociale et à l’image internationale.
Figures tutélaires et fin de cycle ?
La mise à l’écart annoncée de Bruno Ecuele Manga et de Pierre-Emerick Aubameyang, tous deux symboles d’une génération dorée mais inaboutie, pose la question d’un changement de cycle. Capitaine respecté, Ecuele Manga incarne la longévité et la stabilité défensive, tandis qu’Aubameyang, longtemps fer de lance de l’attaque, reste la star la plus connue du sport gabonais à l’étranger.
Pour certains observateurs, leur éloignement traduirait la volonté des autorités d’imposer une rupture nette avec un modèle jugé essoufflé. Pour d’autres, il s’agit d’un signal brutal, risquant d’accentuer la fracture entre l’État, les joueurs et les supporters.
Entre réforme et ingérence
Au-delà des individualités, cette affaire relance un débat récurrent : celui de l’ingérence politique dans la gestion du sport. Si la volonté de réformer est affichée au sommet de l’État, sa mise en œuvre devra composer avec les exigences des instances sportives internationales, au premier rang desquelles la FIFA, très attentive à l’autonomie des fédérations nationales.
Reste désormais à savoir si cette initiative débouchera sur une refondation durable du football gabonais fondée sur la formation, la structuration et la performance ou si elle s’inscrira dans la longue liste des réformes avortées d’un secteur en quête de stabilité.
