PAR Piaco la plume de Globe infos.
À Libreville, le Centre de Compétences Professionnelles et Entrepreneuriales Zita Oligui Nguema (CCPE’ZON) a entamé la deuxième journée des Journées de l’Employabilité et de l’Entrepreneuriat. Entre pitchs vibrants, ambitions nationales et choix stratégiques, l’événement met en lumière une jeunesse déterminée et les six secteurs appelés à redéfinir l’économie gabonaise.

Une salle électrisée par la promesse d’un nouveau Gabon
Le soleil est encore haut lorsque débute le deuxième jour des Journées de l’Employabilité et de l’Entrepreneuriat, organisées du 27 au 29 novembre par le CCPE’ZON. Dans l’amphithéâtre plein à craquer, les 22 demi-finalistes du concours entrepreneurial ont laissé la place à trois finalistes… trois jeunes femmes, applaudies comme les symboles d’un Gabon qui change.
Derrière les exposés soigneusement millimétrés se dévoile une ambition plus vaste : celle d’un pays engagé dans une diversification profonde, structurée autour de six secteurs prioritaires: Énergie, Agroalimentaire, Forêt-Bois, Pêche, Tourisme et Mines.
Un choix assumé, guidé autant par les impératifs économiques que par les exigences environnementales.

Énergie : le socle indispensable à l’industrialisation
Les chiffres donnés au public illustrent la réalité d’un secteur en transformation :
725 MW de capacité installée, 2 948 GWh produits annuellement, 6 299 km de réseaux électriques.
Le Gabon mise sur l’hydroélectricité avec 325 MW déjà en service et prépare le chantier du barrage de Boué.
Une orientation qui confirme ce que rappelait déjà la Banque Mondiale en 2017 : aucune diversification industrielle n’est viable sans une énergie fiable, propre et abordable.
Agroalimentaire : la bataille pour l’autosuffisance
Dans le hall, les visiteurs commentent les données révélées par les candidates : 5,2 millions d’hectares de terres disponibles pour l’agriculture, mais 60 % des besoins alimentaires encore importés.
Objectif national : porter la contribution du secteur de 5 % à 20 % du PIB d’ici 2027, en misant sur le manioc, le maïs et le soja.
Un enjeu stratégique et social dans un pays où la sécurité alimentaire fait désormais figure de priorité.

Forêt-Bois : capitaliser sur le “poumon vert”
Le secteur forêt-bois reste le joyau naturel du Gabon :
22,3 millions d’hectares de forêt soit 87 % du territoire national et 30 millions de m³ de réserves exploitables, dont l’Okoumé, convoité mondialement.
Le pays vise une contribution d’environ 850 milliards d’euros au PIB d’ici 2028, grâce à la transformation locale et à une gestion durable.
Une stratégie qui rejoint l’approche de Barbier (2012) sur la valorisation du capital naturel sans le dégrader un équilibre que peu de pays parviennent à tenir.
Pêche : l’océan comme nouvel horizon économique
Avec 800 km de littoral et une ZEE de 265 000 km², les ressources halieutiques sont immenses : 842 000 tonnes estimées, dont 15 000 tonnes de thon.
Le gouvernement veut augmenter de 15 % la contribution du secteur au PIB, en structurant à la fois la pêche industrielle et la pêche artisanale.
Un gisement bleu encore sous-exploité, mais dont la modernisation suscite un réel enthousiasme au sein de la jeunesse venue assister aux conférences.

Tourisme : l’or vert et bleu du Gabon
Treize parcs nationaux, 20 zones marines protégées, 9 500 éléphants, soit 70 % de la population africaine.
Le Gabon dispose d’un potentiel écotouristique unique, que l’État veut convertir en vitrine régionale.
L’ambition : devenir la destination phare de l’écotourisme et du tourisme d’affaires en Afrique centrale.
Et à entendre les murmures admiratifs des participants, l’enthousiasme est bien là.
Mines : moderniser un pilier historique
La terre gabonaise abrite encore un trésor colossal :
250 millions de tonnes de manganèse, un milliard de tonnes de fer, de l’or, des diamants, des métaux rares…
Le défi n’est plus seulement l’extraction, mais la transformation et la diversification : faire passer le secteur de 6 % à plus de 10 % du PIB d’ici 2030, notamment grâce au futur corridor Belinga–Booué–Mayumba et au port en eau profonde du même nom.
Une manière, comme l’expliquait Auty (1993), de sortir du piège des économies trop dépendantes de leurs mines.
Un deuxième jour qui marque les esprits
Au CCPE’ZON, ce deuxième jour aura été celui de la prise de conscience collective.
Les jeunes finalistes, ovationnées à la fin de leurs présentations, incarnent l’avenir de ces secteurs.
Et dans les regards bruyants des spectateurs, une certitude s’impose : la diversification gabonaise n’est plus une hypothèse, elle s’écrit, ici, maintenant, entre les mains d’une nouvelle génération prête à prendre le relais.
Références
Auty, R. M. (1993). Sustaining Development in Mineral Economies: The Resource Curse Thesis. Routledge.
Barbier, E. B. (2012). Natural Capital, Ecological Scarcity and Rural Poverty. World Bank Policy Research Working Paper.
Banque Mondiale (2017). Gabon – Country Partnership Framework for the Period FY2017-FY2022.
Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN). (2021). Rapport Annuel sur l’État des Forêts au Gabon.
