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32 millions de FCFA jetés au vent/La manœuvre des Avocats Bongo tourne au ridicule .

Par Gaël BOBOUAGNO LENGA, journaliste juridique et chroniqueur judiciaire.

Libreville,le 25 février 2026.
Le vacarme médiatique masque parfois mal la faiblesse du droit. Le signalement visant le doctorat du procureur général près la cour d’appel de Libreville, Eddy Narcisse Minang, en est une illustration frappante : une offensive coûteuse, fortement médiatisée… mais juridiquement condamnée à l’impasse.

Une manœuvre pilotée et facturée à prix fort

Au cœur de cette initiative, un nom revient avec insistance : Maître Sur, présenté comme l’artisan principal de cette démarche cavalière. Selon des sources concordantes, il aurait facturé à Noureddine Bongo Valentin la somme de 50 000 euros, soit environ 32 800 000 francs CFA, pour la rédaction et la conduite de ce signalement adressé aux autorités académiques françaises.

À cela s’ajouteraient des honoraires complémentaires pour les autres conseils impliqués, chacun pouvant percevoir plusieurs millions de francs CFA pour une correspondance dont la portée juridique apparaît, à l’analyse, extrêmement limitée.

Une question s’impose alors avec acuité : comment justifier un tel coût pour une procédure dont l’issue semble, dès l’origine, juridiquement compromise ?

Le droit français, verrou infranchissable

Car en droit, la démonstration est sans appel. Le doctorat, encadré par le Code de l’éducation et l’arrêté du 26 août 2022 relatif à la formation doctorale, est un diplôme national conférant le grade universitaire le plus élevé.

Sa remise en cause ne peut intervenir que dans des hypothèses strictement encadrées : fraude académique avérée (plagiat, falsification de données, irrégularité du jury, usurpation).

En dehors de ces cas, aucune disposition ne permet d’envisager une déchéance fondée sur des considérations morales, professionnelles ou politiques. Autrement dit, le droit ne suit pas les émotions, encore moins les stratégies de contournement.

Une démarche juridiquement hors cadre

En visant le doctorat du magistrat, les initiateurs de cette procédure semblent avoir ignoré un principe fondamental : l’université n’est ni une juridiction disciplinaire internationale, ni un prolongement des prétoires judiciaires.

Faute d’alléguer la moindre fraude dans l’obtention du diplôme, cette action apparaît comme une construction artificielle, un “coup” procédural davantage destiné à impressionner l’opinion qu’à produire un effet juridique réel.

Une telle confusion des ordres juridiques fragilise non seulement la démarche, mais expose également ses auteurs à une critique sévère sur le terrain de la rigueur professionnelle.

Quand la stratégie vire à l’embarras

Dépenser près de 32 millions de FCFA pour une initiative dépourvue de base légale solide interroge profondément. Plus qu’une stratégie juridique, c’est une fuite en avant qui se dessine, où le coût financier semble inversement proportionnel à la solidité des arguments.

À vouloir judiciariser l’impossible, certains conseils prennent le risque de transformer leur robe en simple accessoire de scène.

Silence et sérénité institutionnelle

Contacté par notre rédaction, le procureur général près la cour d’appel de Libreville a indiqué ne pas souhaiter réagir à un signalement qu’il juge dénué de sérieux.
Une posture de retenue qui contraste avec l’agitation observée en face.

Le droit, dernier rempart contre l’agitation

Le doctorat délivré par l’Université Panthéon-Assas demeure, en l’état du droit français, pleinement valable et juridiquement inattaquable.

Au terme de cette séquence, une évidence s’impose : on ne renverse pas un diplôme d’État à coups de correspondances onéreuses, fussent-elles facturées à plusieurs dizaines de millions de francs CFA.

Et dans ce dossier, plus que jamais, le droit rappelle une règle simple : le spectacle n’a jamais fait jurisprudence.